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Chantier Ramuz 2008

Parution des volumes X, XI et XII des OEuvres complètes

Le dixième volume est intitulé Poésie et théâtre (672 pages au total) ; il contient Le Petit Village, Les Pénates d'argile, La Grande Guerre du Sondrebond, Chansons et Chant de notre Rhône, ainsi que l'ensemble des poèmes publiés dans les journaux ou revues et un choix de poèmes inédits. Une « Liste chronologique des poèmes selon les ensembles manuscrits liés à la genèse du Petit Village et des Pénates d'argile, 1902-1903 » clôt la partie Poésie (pp. 7 à 436), présentée par Doris Jakubec, avec la collaboration de Valentine Nicollier et de Vincent Verselle. La partie Théâtre (pp. 437-672) fait bien sûr la part belle à l'Histoire du soldat ; elle contient également Hommage au major [Davel] et Noces et autres histoires. Ces textes sont édités par Alain Rochat.

« [...] Peindre avec scrupule ce que j'ai autour de moi [...] » : six mois après la parution du Petit Village en octobre 1903, tel est le credo que Ramuz énonce, non sans hésitations, pour le guider dans ses travaux (p. 99). Le succès de son premier livre l'y encourage, tout comme, par contraste, l'échec des Pénates d'argile en févier 1904.

Doris Jakubec met en évidence les deux poétiques différentes que ces livres incarnent, alors que leur gestation s'est faite en même temps (p. 11) : d'un côté une « poétique minimale, précise et minutieuse, resserrée dans ses effets et musicale avec sourdine » (Le Petit Village), de l'autre une poétique « ouverte aux élans romantiques et fusionnels avec une nature sauvage, d'où la recherche d'une voix lyrique de haut vol » (Les Pénates d'argile). Si Ramuz ne publie alors que cinquante-sept poèmes, ceux-ci émergent de nombreux ensembles manuscrits : pas moins de cinq pour Le Petit Village, sept pour les poèmes des Pénates d'argile ; un important ensemble de septante-sept poèmes intitulé « La Nuit vagabonde » appartient à la genèse de chacun des deux livres. Les notices consacrées à ces ouvrages sont suivies de documents (deux pour Le Petit Village, trois pour Les Pénates d'argile) qui présentent quelques poèmes de ces ensembles. Des extraits de trois autres projets poétiques sont publiés dans une partie intermédiaire sous le titre « Poèmes inédits 1903-1904 ». Rarement premiers livres d'écrivains aussi fertiles que Ramuz n'auront été pareillement documentés.

La veine de « Jean-Daniel », seconde partie du Petit Village composée de dix-huit poèmes dont l'énonciation est déléguée à un narrateur, est poursuivie dans La Grande Guerre du Sondrebond, publié en 1905, sorte de « récit en vers » raconté par un vétéran. Dans Chansons (1914), Ramuz pousse jusqu'au bout la déconstruction du vers, et adopte une forme concentrée et dense, proche parfois de l'image d'Epinal ou de la caricature.

Avec Chant de notre Rhône (1920), il revient au poème en prose ; dans cette suite de neuf chants au souffle large, il allie le lyrisme personnel à l'amplification vers l'unité d'un pays et d'une lignée. Le cours du Rhône, qui unit Léman et Méditerranée, est une analogie de la vie humaine, de son « berceau » à sa disparition dans un « tout sans limite » (p. 381). Ramuz reste fidèle à l'injonction qu'il s'était donnée (p. 359) : « [...] se mettre d'abord à sa place, mettre autour de soi les choses à leur place ; [...] chanter ensemble une origine, le point atteint, le point à atteindre ; [...]. »

L'Histoire du soldat occupe plus de la moitié des pages consacrées au théâtre. La publication du texte de l'édition originale (1920) est accompagnée d'un relevé complet de toutes les variations des différentes éditions ultérieures : partition chez Chester en 1923, édition chez Grasset en 1929, texte des OEuvres complètes de Mermod en 1940-1941 et finalement édition séparée, également chez Mermod, en 1944. Aucune de ces éditions ne reprend exactement le texte de la première représentation (28 septembre 1918), qui est publié intégralement en document, tout comme la « version radiophonique » établie par Ramuz lui-même en février 1940. Le volume que Philippe Girard et Alain Rochat ont consacré à la genèse du spectacle (C. F. Ramuz – Igor Strawinsky, Histoire du soldat, Chronique d'une naissance, Genève, Slatkine, 2007, 384 p.) complète l'étude de cette oeuvre, qui reste la seule réalisation scénique de l'écrivain.

Hommage au major (1923) s'inscrit, lui, dans un style proche du Chant de notre Rhône, à la suite des textes que Ramuz consacre au « pays » (de Raison d'être, en 1914, à Salutation paysanne, en 1921) et dans lesquels il investit fortement le rôle du poète dans la société qui l'a vu naître. Cette oeuvre, contemporaine de Passage du poète, est proprement ramuzienne, bien qu'écrite pour une cérémonie officielle et lue en public par son auteur, qui a impressionné son auditoire et posé la première pierre de son statut de « poète national »... Le volume se termine par Noces et autres histoires, publié en 1943 mais qui reprend les textes mis en français par Ramuz pour Strawinsky de 1916 à 1919 et qui referme la boucle. Les projets inaboutis, bribes de pièces autour de figures bibliques, notamment (Judith, Noé), sont présentés dans l'introduction, intitulée « La pièce manquante » ; celle-ci met également en avant les relations de Ramuz avec ceux qui l'ont influencé : Fernand Chavannes et Jacques Copeau.

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Les deux premiers tomes d'Articles et chroniques inaugurent la publication de l'ensemble des textes réflexifs, en sept volumes, dont trois seront consacrés aux Essais. Le premier, réalisé par Céline Cerny, couvre la période 1903 à 1912 (OEuvres complètes, XI, 560 p.). Il contient septante-deux articles, chroniques, comptes rendus et bulletins bibliographiques publiés dans des journaux et des revues, ainsi que trois textes inédits. A six exceptions près, ces textes paraissent dans La Semaine littéraire, le Journal de Genève, la Gazette de Lausanne et La Voile latine, c'est-à-dire quasi uniquement en Suisse romande (seuls quatre articles paraissent en France). Si les trois premiers lieux de publication sont de réels tremplins pour le jeune et talentueux écrivain (puis confirmé, par le succès en 1905 de son premier roman, Aline), le quatrième est plutôt un « terrain d'exercice », comme l'explique Céline Cerny dans son introduction, intitulée « La mise en place d'un discours littéraire » (p.XV).

Au fil de ces textes, abordant aussi bien les expositions de peinture, les pièces de théâtre que des ouvrages plus ou moins récents, Ramuz précise et élabore sa position esthétique, tout en assurant une autonomie financière qui lui permet de vivre en écrivain. Jusqu'en 1908, il observe ce qui se fait de plus avant-gardiste à Paris, puis, son oeuvre de fiction prenant son essor, c'est à la place de l'artiste dans la société et à la nature du roman que l'écrivain réfléchit, s'interrogeant notamment sur le « roman-poème » et le rôle du ton, que Ramuz définit (p. 465) comme « [...] l'effort de la sensibilité devant les choses par lequel elle tâche de leur restituer l'unité qu'elle leur dérobe, mais cette fois une unité humaine – par lequel elle cherche à plier ensuite à cet
ordre nouveau les différentes parties du tout. »

Le deuxième tome d'Articles et chroniques (OEuvres complètes, XII, 672 p.), réalisé par Virginie Jaton, est en trois parties ; il contient les cent vingt-trois « A propos de tout » que Ramuz écrit pour la Gazette de Lausanne d'avril 1913 à août 1918, puis les dix-huit articles contemporains qui n'entrent pas sous la rubrique précédente, dont cinq inédits, et enfin le « Journal de ces temps difficiles », publié dans La Semaine littéraire d'octobre 1914 à janvier 1915 (édité par Reynald Freudiger et Daniel Maggetti).

Au printemps 1914, Ramuz quitte Paris et s'établit en Suisse – il est marié et son enfant a moins d'une année. Peu après éclate la Première Guerre mondiale alors que, sur un tout autre plan, paraissent les premiers Cahiers vaudois. Si dans ses premiers « A propos de tout » l'écrivain voit dans la guerre l'occasion de retrouver une vraie vie et de remettre les valeurs en place, c'est-à-dire celles du coeur plutôt que de l'intelligence, s'il s'élève avec vigueur contre la neutralité morale et le « moyen parti » (p. 22) helvétique, le cours des événements et la durée de la guerre vont peu à peu, dès le printemps 1915, le conduire à la désillusion ; dès lors la guerre sera là comme un arrière-fond et s'intériorise, les chroniques se recentrent sur les motifs premiers de sa poétique (p. 23) : « l'artiste et l'enfant, l'être élémentaire et l'instinct primitif, la saison et le paysage [...]. »

Le « Journal de ces temps difficiles », qui est en fait une série d'articles dont le propos est à la fois très libre et très élaboré, est une manière que trouve Ramuz de participer aux événements de l'été et de l'automne 1914 ; présenté comme un « reportage », ce texte raconte les visites que l'écrivain a faites en divers lieux du pays, auprès des soldats mobilisés (p. 616) : « Huit jours sur ces chemins, huit jours dans ces endroits ; un bel automne, et que de choses à dire. Des choses à propos des choses, et aussi l'homme là-dedans. L'homme dans sa généralité, l'homme en tant qu'individu ; l'homme de tous les temps, l'homme du temps présent. Tant de choses à dire ! En vérité, plus de choses que jamais, depuis que la grandeur de l'événement a tout bouleversé et tout modifié. »

L'ensemble des articles et chroniques de cette période permet de suivre, de mois en mois, l'évolution de la pensée de Ramuz, à un moment clé de l'inflexion de sa poétique vers l'expression lyrique des choses et du pays.

Travaux 2008

Articles et chroniques, tome 3, couvre la période 1924 à 1931. C'est le treizième volume des OEuvres complètes, préparé par Laura Saggiorato.

De 1924 à 1929, années qui coïncident avec le retour de l'écrivain sur la scène française, l'attention et les intérêts de Ramuz sont tournés vers Paris. C'est par un article et une interview publiés dans deux prestigieux périodiques que l'écrivain renoue à la fois avec une pratique d'écriture qu'il avait délaissée depuis cinq ans, et avec la presse française. Henry-Louis Mermod assure à l'écrivain sécurité matérielle et indépendance en lui confiant la création et la direction d'Aujourd'hui, hebdomadaire culturel nouveau sur la scène romande. Dès décembre 1929, à côté de son activité de romancier, Ramuz reprend donc son activité de journaliste avec une énergie et une autorité nouvelles : il publie cinquante-huit articles dans les cent neuf numéros que la revue fait paraître jusqu'en décembre 1931. La majeure partie du volume est ainsi consacrée aux textes publiés dans Aujourd'hui.

Vincent Verselle prépare le quatrième tome des Articles et chroniques, qui couvre la période 1932 à 1947. Réunissant cinquante-cinq textes (dont quatre sont inédits), ce volume contient notamment « L'Ecrivain dans son pays », discours prononcé à l'occasion de la remise du Prix Schiller (1936), la « Lettre » à la revue Esprit (1937) et la « Préface » à l'anthologie de poésie publiée par la Guilde du livre (1942). Les articles de cette période témoignent d'une même consécration de Ramuz non seulement en Suisse romande, mais également en France et en Suisse alémanique. C'est en effet l'époque où Le Figaro et La Nouvelle Revue française lui commandent des articles, l'époque aussi où il est appelé à rédiger préfaces et conférences.

Reynald Freudiger a préparé le premier tome des Essais (OEuvres complètes XV) qui contient Raison d'être, L'Exemple de Cézanne, Les Messieurs de Vaucherens, Le Grand Printemps, Les Grands Moments de l'Art français au XIXe siècle et un texte inédit Besoin de grandeur. Mis en lien avec le tome 4 des Nouvelles et morceaux et le tome 2 des Articles et chroniques, qui couvrent la même période de la Première guerre mondiale, ces textes dessinent, autour de l'entreprise des Cahiers vaudois, le paysage intellectuel et idéologique de l'activité de Ramuz.

Le deuxième tome des Essais, préparé par Reynald Freudiger et Jérôme Meizoz, groupe les textes de la période 1927 à 1935 durant laquelle l'écrivain aborde les grands thèmes de l'époque, à l'instar des essayistes de son temps, et défend son style. Composé de Remarques (publiées dans Six cahiers), de Lettre à un éditeur suivi de la Lettre à Bernard Grasset (la seconde étant une réécriture de la première) et de Seconde lettre (à H.-L. Mermod), de Pour prendre congé suivi de [Citations] (textes parus dans les Six Cahiers), de Taille de l'homme et de Questions, le volume s'ouvre sur un essai inédit de 1927, intitulé Ressources de la France.
Ces quatre volumes paraîtront en 2009, les deux premiers au printemps, les deux autres en automne.

Durant l'année 2008, la planification de la publication des volumes de romans s'est affinée : en dix volumes, l'édition comportera, en plus des vingt-deux romans publiés par Ramuz de son vivant, les deux romans qui n'ont paru qu'en revue (Le Feu à Cheyseron et La Vie meilleure) et six romans « abandonnés », selon l'expression de l'écrivain lui-même, dont par exemple Vie dans le ciel (1921, réécriture de Terre du ciel) et Posés les uns à côté des autres (1943). Les différents textes des romans publiés seront comparés électroniquement, et les comparaisons éditées sur un CD accompagnant chacun des volumes. Alain Rochat et Rudolf Mahrer ont préparé les fichiers informatiques des 77 versions existantes, comprenant 6 prépublications en feuilleton. La parution des volumes de romans est prévue, après celle du dernier tome des Essais et du volume de Textes autobiographiques, de 2011 à 2013. Les OEuvres complètes compteront alors vingt-huit volumes.

Alain Rochat

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